L’avis d’une Arme-Dieu

Une nouvelle écrite par Cédric Ferrand.

Non, parce qu’on dit les Armes, les Armes, mais faut voir ce qu’on tape comme Porteur, aussi. Je ne suis pas raciste, mais il faut se les coltiner les Batranobans complètement défoncés aux épices. Quand ça fait dix, vingt ans que le bonhomme s’enfile ça à longueur de journée et que tu dois partir à la cogne avec un corps en manque ou en pleine descente, merci bien mais on fait du boulot d’Alweg. Après faut pas s’étonner si le gars perd un doigt ou se fait exploser les bijoux. J’admets qu’on bosse en duo, mais faut pas non plus me demander de faire des miracles. Je veux bien me forcer, y’a des fois où ça ne donne pas envie de se faire chier.

Alors les autres disent « Ouais, t’as qu’à te trouver un Piorad ». D’accord, c’est agréable de bosser avec un pro, je ne dis pas non. Y’a pas à tortiller du cul, pour le gros œuvre c’est l’idéal. Sauf que y’a pas que la baston dans la vie. Moi, le Piorad, je dois me coltiner nuit et jour. Si c’est pour devoir faire la conversation tout le temps, je dis non merci. Parce que le gars, il est peut-être doué pour parler forge et razzia, mais tu fais vite le tour du sujet, crois-moi. Et puis faut voir les rêves que ça a, ce genre de bourrin. C’est toujours le même scénario : et vas-y que je débarque sur un village de Sekekers qui ne m’a pas vu venir. Et blam que j’t’explose les gardes comme un sagouin. Et badaboum que je déboule dans la hutte des Chrysalydes qui, comme par hasard, sont en train de s’embrasser… Nuit après nuit, je vous dis. Surtout qu’en vrai, deux Sekekers qui se titillent la frisette, c’est pas très bandant. Le summum, c’est quand tu tombes sur un putain d’amateur de chagar. Ce sont les pires. Parce que tout le temps qu’ils passent avec leur canasson, c’est autant d’attention qu’ils n’ont pas pour toi, hein. Le type a dans les mains une Arme millénaire qui peut lui permettre de tracer un sillon sanglant qui lui assurera l’immortalité de son nom, mais non, monsieur est trop préoccupé par le bien-être de sa carne.

Et même quand tu tombes sur LE bon porteur, genre le Vorozion pas bêcheur, qui veut bien apprendre, qui a de la discussion et qui n’est pas manchot quand faut dégainer, c’est pas gagné pour autant. Tu l’as toujours dans les pattes. Quand il chie, t’es aux premières loges. T’imagines le nombre de fois dans ma vie où j’ai eu l’immense honneur d’être présent quand ils ont posé leur pêche, ces cons ? Parce que beau temps mauvais temps, t’es là. T’entends tout ce qui leur passe par la tête. Toujours les mêmes jeux de mots vaseux et les mêmes jérémiades. Tu les fais participer à la plus grosse bataille de leur époque, le truc qui va marquer tout une génération, et eux tout ce qui les intéresse c’est « Oui, mais est-ce que je vais pouvoir tremper mon biscuit ? »

Vivement la fusion, quoi. Encore que… Moi, je ne me fais pas trop d’illusions sur mon cas. Ça a l’air de demander quand même pas mal d’effort, cette affaire. T’as connu Soulage ? Mais si, une grande hallebarde avec des reflets cuivrés et une série d’anneaux qui font un barouf pas possible au moindre mouvement. Oui, celle-là. Bon, ben elle, elle peut te citer le nom de chacun de ses Porteurs. Et dans l’ordre chronologique, hein. Elle est bien partie, à ce qu’il parait. Moi ? Je ne sais pas à combien de Porteurs j’en suis, j’ai perdu le compte il y a longtemps. Pour tout dire, je ne peux pas te dire en quelle année on est. C’est pas comme si c’était important. Parce que moi je dis… Attends [Quoi ?][Mais putain, tu devais juste boire un coup dans ce bouge, comment ça se fait que tu te retrouves à te battre contre six pécores élevés au grain ? Qu’est-ce que t’as glandé ? Bon ben patiente deux secondes.] Désolé, celui-là non plus n’est pas une lumière. Ils sont gentils, les Ghadars, mais dès que tu leur lâches la grappe deux secondes, ils vont se vautrer dans les emmerdes comme un goret dans sa fange. C’est d’un fatiguant à la longue. Bon, ben à la prochaine quoi. [Ouais, c’est bon, je suis là. Tiens, fais gaffe à celui de droite. Et combien de fois faudra que je te le dise ? Je suis une épée longue, ducon, il me faut de l’espace si tu ne veux pas crever d’un coup de fourche ! Ouais, c’est ça, fais celui qui ne comprend pas la langue…]

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3 comments

  1. Amaelys dit :

    PTDR !!!
    A force d’avoir surtout le point de vue du porteur, on en finit par oublier l’Arme.
    Merci pour cette sympathique nouvelle.

    ReadU

  2. bubonicus dit :

    LOL
    Tres sympa ce point de vu du coté métallique =)
    heureusement ce n’est d’ailleurs qu’un point de vue, y’aurais de quoi en faire d’autres :) ….

  3. erwik dit :

    chouette écrit, sympa de voir le point de vue d’une arme dieu, ça met tout de suite dans l’ambiance
    juste eventuellement un petit regret mais rien à voir avec le fond ou la forme, c’est plutôt le site, pourquoi devoir s’inscrire au wordpress pour commenter? c’est un peu fastidieux quand même…

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